Pour finir je vais citer Voltaire :
Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.

Le plus ironique dans le fait que tout le monde utilise cette citation, c'est que:

1) Voltaire n'a jamais dit ça, ni rien qui y ressemblait.
Cette citation est la traduction française d'une phrase contenue dans un livre de l'historienne Britannique Evelyn Beatrice Hall qu'elle a écrit sur Voltaire, publié en 1906 appelé "The Friends of Voltaire".
Elle n'attribue elle-même pas la citation à Voltaire.
Elle utilise cette phrase pour décrire l'état d'esprit de Voltaire qui se serait exclamé "Quelle histoire pour une omelette! Qu’il est abominablement injuste de persécuter un homme pour une telle bagatelle" (selon elle) à propos de la controverse concernant le livre De l'Esprit d'Helvetius.
Il n'aimait ni le livre, ni l'auteur mais il pensait que la controverse et la condamnation par l'Eglise et la Royauté du livre était surfaite. Comment l'historienne en est venue à dire qu'il "donnerait sa vie" pour quelque chose qu'il considérait comme une bagatelle... je ne sais pas.


2) Voltaire n'était pas vraiment le grand champion de la liberté d'expression. Et non. Et certainement pas le champion de la liberté de dire n'importe quoi sur les réseaux sociaux.
Ses écrits (réels, ceux-là) au contraire, disent clairement qu'on peut penser ce qu'on veut et en discuter en privé mais que ceux qui troublent l'ordre publique en harcelant les autres méritent "une forte réprimande", et même que ceux qui utilisent la violence au lieu de débatre "méritent la mort".
La liberté d'opinion, donc, et encore, mais pas vraiment la "liberté d'expression" publique.

3) Voltaire a lui même fait saisir par les autorités des écrits qui critiquaient son oeuvre pour empêcher leur parution.
Loin de défendre jusquà la mort son droit d'expression, il a célébré la censure de la revue litérraire de l'un de ses ennemis, Fréron, qu'il avait cherché à faire supprimer par les Encyclopédistes pendant de nombreuses années.
Il voulait même faire abolir l'ordre des Jésuites parce qu'il pensait que laur discours était trop restrictif de la liberté des autres... dans le Traité sur la Tolérance.



Le problème avec la "liberté d'expression" telle qu'elle est balancée sur tous les réseaux sociaux comme une excuse à tout laisser faire et dire, c'est que la liberté, d'expression ou autre, n'est pas un droit absolu.
Nous vivons dans un pays libre. Et pourtant des lois comme celle contre la diffamation existent. Pourquoi?
Parce que notre liberté individuelle est, et doit être, limitée par celle des autres.

L'article 4 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen dit:
"La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits."

Nous vivons dans une société donc la liberté de nuire à autrui n'est pas une liberté absolue et acquise.
La liberté "d'expression" est limitée par la responsabilité que nous devons à notre société.